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L’écriture sans école : autobiographies ordinaires italiennes et françaises

le 4 mai 2018
9h-12h / 14h-16h

Les autobiographies ordinaires ou l'écriture sans école

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Comité d'organisation de la journée d'étude : Laura Brignon et Jean-Pierre Cavaillé

Cette journée, associant des approches littéraires et anthropologiques, sera consacrée à la présentation et à l'analyse d'écrits autobiographiques produits par des membres des couches subalternes en Italie et en France aux XIX et XX siècle. Seront interrogés les modèles de référence de ces auteurs, les motivations de leur passage à l’écriture autobiographique et les modalités de sa mise en œuvre.

Interviendront : Nicolas Adell, Laura Brignon, Jean-Pierre Cavaillé, Patrizia Ciambelli, Jean-François Courouau et Anna Iuso.

   
«La lyre et l'écrire. Écrits autobiographiques d'Alphonse Fardin (1859-1929), compagnon cordonnier-bottier» (NicolasAdell)
«Je suis sans instruction, mais non sans inspiration», écrit Alphonse Fardin (1859-1929) qui a quitté les bancs de l'école à 11 ans et commence l'apprentissage du métier de cordonnier avec son père, lui-même compagnon et qui rapportait quotidiennement des anecdotes tirées de son Tour de France. À son exemple, le jeune Alphonse rejoint les compagnons de l'Ère Nouvelle, cordonniers-bottiers qui cherchent à «régénérer» le compagnonnage, et effectue lui aussi son Tour de France (1875-1881). C'est ce moment qu'il nous relate, au soir de sa vie dans un ultime cahier, près d'un demi-siècle après son départ du domicile familial à Avranches, clôturant près d'un demi-siècle d'écriture dont l'essentiel a passé dans des chansons et des pièces de théâtre avant d'aboutir au récit de soi dont il sera ici question.
 
«À la croisée de l'oral et de l'écrit : l'autobiographie de Vincenzo Rabito, semi-lettré sicilien» (Laura Brignon)
Vincenzo Rabito (1899-1981) n'alla jamais à l'école. Passant outre à son savoir rudimentaire de l'italien, il n'en tapa pas moins ses souvenirs à la machine à écrire, dans deux tapuscrits autobiographiques immenses, qui embrassent son histoire et celle du Novecento italien. «io; senza sapere; liggere e, scrivere, erauno; che; sapeva; leggiere: escrivere» («moi sans savoir lire et écrire j'étais quelqu'un qui savait lire et écrire»), commente-t-il au détour d'une des quelque mille cinq cents pages de son second tapuscrit, formé d'une sorte de phrase unique à la ponctuation hypertrophiée et insensée. Nous nous intéresserons à la manière dont l'auteur, habité par la passion du récit, se livre à une écriture hybride calquée sur une oralité souveraine.

«Journal d'un berger des Abruzzes» (Patrizia Ciambelli)
Berger de toute une vie depuis son enfance, autodidacte, Francesco Giuliani (1890-1969) maîtrisait l'écriture et la pratiquait en plusieurs genres : l'épistolaire, la composition poétique, le journal, le récit, la chronique. Il a écrit uniquement en italien une œuvre de plusieurs milliers de pages qui tient dans une vingtaine de cahiers épais, remplis d'une calligraphie élégante et régulière, sans aucune faute ni rature. La forme dominante de son écriture autobiographique est le journal qui s'articule dans six cahiers pour un total de plus de mille pages sur son expérience de soldat pendant la guerre de 14-18 et sur sa vie de berger lors des mois de transhumance dans les Pouilles. Mon travail a visé à comprendre son processus créatif, à déceler son univers culturel de référence et la façon de s'en servir, à mettre en perspective son travail d'écrivain et de sculpteur.

«Les Memorie de Giacomo Bernardi, dit Giacu Cayenna» (Jean-PierreCavaillé)
«Posso ben vantarmi di essere nato due volte : la prima volta come tutti i montanari in una stalla, fra capre e galline. La seconda volta per il fatto che riuscii ad evadere dalla Guyana francese, e precisamente il 16 aprile 1933 da S. Lorenzo del Maroni» (« Je peux bien me vanter d'être né deux fois : la première fois comme tous les montagnards dans une écurie, parmi les chèvres et les poules. La deuxième fois du fait que je suis parvenu à m'évader de la Guyane française, pour être précis le 16 avril 1933, de Saint-Laurent-du-Maroni»). Ces mots sont tirés des premières lignes des Memorie de Giacomo Bernardi (1908-1974) consignées sur neuf cahiers d'écolier, qui relatent les tribulations du jeune émigré de la Val Pò (Ostana), condamné en France aux travaux forcés pour homicide : son incarcération à Fontevraud, le voyage et le séjour à Cayenne, l'incroyable évasion qui lui permet de retourner dans sa vallée, mais aussi les longues années qui suivirent où, marqué du stigmate d'ex-forçat, Giacu déploie énergie et ingéniosité pour faire vivre sa famille. Deux aspects retiendront notre attention dans cette œuvre où rivalisent la maîtrise narrative et la richesse de réflexion. On s'arrêtera d'abord sur la langue, non pas du tout mixte comme on l'a écrit, mais soucieuse d'intégrer, selon les situations relatées, le lexique et des fragments d'oralité des langues pratiquées par Giacu : sa langue maternelle, l'occitan, mais aussi le piémontais, le français et l'espagnol qu'il dominait également. Ensuite, on voudrait s'arrêter sur un leitmotiv de cette autobiographie : à la fois le rejet explicite «des dieux» (le bagne comme réfutation performative de l'existence de Dieu) et l'impossibilité d'éliminer la question de la croyance.

«Une vie de pauvre : Louis Vestrepain et l'autobiographie en vers occitans au XIX siècle» (Jean-François Courouau)
Au XIX siècle, dans le Midi occitan, parallèlement aux progrès que connaît l'alphabétisation dans les milieux populaires, un type d'écriture autobiographique se développe qui privilégie le choix de langue occitane et celui d'un modèle versifié élaboré par le coiffeur-poète Jasmin (1798-1864). Parmi ces auteurs d'origine et de milieu modestes, le cordonnier et bottier Louis Vestrepain (1809-1865) compose à Toulouse des poèmes d'inspiration carnavalesque et charivarique, qu'il déclame au coin des rues de la ville, mais aussi des textes autobiographiques dont il s'agira de préciser la nature et le rapport qu'ils peuvent entretenir avec les modèles alors en circulation autour de lui.

«Vie et vers de Giacomo Migliori, cordonnier vignolais» (Anna Iuso)
Giacomo Migliori naît en1805 à Vignola, dans un milieu très modeste. Avant ses 15 ans il a déjà perdu son père et sa mère, et ses frères dissipent le peu de biens hérités. Il entreprend donc d'apprendre un métier : il sera cordonnier. Mais ce qui semble le début d'une vie stable s'avère être le commencement d'un périple existentiel fait d'échecs professionnels, de déboires amoureux, d'émigration, de mésaventures, de rêveries (faire le militaire, faire l'artiste ?) qui planent sur une réalité prévisible : il redevient cordonnier, sans trop de fortune. En 1844, à l'âge de 41 ans, il livre son histoire dans une autobiographie presque entièrement rédigée en vers. Dans ces presque deux cents pages, au-delà du document passionnant pour ses contenus et pour son style, se posent des questions concernant le canon des autobiographies populaires et leurs modèles. Publiée en 1886, l'œuvre pose aussi la question de la légitimation du genre tout le long du XIX siècle.

Contact :
Laura Brignon / J.-P. Cavaillé
Lieu(x) :
Université Toulouse - Jean Jaurès
Salle du Château de l'Université du Mirail (à confirmer)

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